olivia ruiz, la suite
On en avait parlé sur mon blog précédent il n'y a pas si longtemps. On remet ça avec son nouvel album que je conseille à tout le monde : "La femme chocolat". Lisez cet article merveilleusement écrit, paru le 12 novembre dernier dans l'Humanité (cf. ci-dessous). Et si vous n'êtes pas réfractaire à la voix très spéciale d'Olivia, plongez-vous dans ses albums, tous les amateurs de chanson à la sauce nouvelle scène française non médiatisée à outrance s'y retrouveront.
"Maurane, Juliette, Zazie ont montré la voie. Aujourd’hui, la nouvelle vague de la chanson féminine est joliment représentée par Camille, Pauline Croze, Coralie Clément, Orly Chap, Émilie Simon ou la Grande Sophie. De Carla Bruni à Keren Ann, Jeanne Cherhal ou Souad Massi, elles ont toutes en commun de ne pas se laisser damer le pion par leurs collègues masculins : Cali, Vincent Delerm, Benjamin Biolay, Bénabar, M ou Sanseverino... Si toutes veulent se faire un nom ou un prénom dans la chanson, elles entendent surtout faire partager leur regard de femmes sur le monde. Quels que soient les registres - pop, chanson, rock ou world - elles regorgent de talent et éprouvent un amour fou pour les mots mis en musique.
Olivia Ruiz n’échappe pas à la règle. Elle vient de sortir la Femme chocolat. Un album piquant, coquin, sexy et gourmand. « J’ai un drôle de rapport au chocolat, sourit Olivia. J’en ai toujours dans mon sac. Je suis accro ! » Le chocolat, métaphore idéale pour s’amuser sur le registre sensuel : « Croque-moi la peau s’il te plaît /Au bout de mes lèvres entrouvertes pousse un framboisier rouge argenté. » La jeune femme serait-elle donc à croquer ? : « Il y a une connotation sexuelle dans cette chanson, avoue-t-elle. Quand je chante "Je me transformerai en femme chocolat", c’est une jolie façon de dire que j’accepte d’avoir des formes parce que dans les yeux de celui que j’aime, je me sens belle. Aux auteurs compositeurs avec lesquels j’ai travaillé pour mon premier album, je disais toujours "pas de tabou". J’assume tout : coquine, sensuelle, décalée. Je joue avec tout ça. Je suis une épicurienne alors, va pour les plaisirs de la vie ! »
À ceux qui pensent qu’on ne peut se remettre d’une participation à la Star’Ac, elle prouve le contraire. Élève de la première édition de l’émission, non seulement elle n’a pas été broyée par le star-système, mais son talent, sa détermination et le hasard des rencontres l’ont amenée à se tourner vers d’autres horizons que la machine à tube cathodique. L’expérience a duré un an. Cependant, elle ne regrette rien de cette étape qui lui a permis de se faire connaître du public : « J’ai gagné dix ans grâce à cette émission. Cela m’a permis d’avoir accès à d’autres auteurs compositeurs avec lesquels j’avais envie de travailler, ce que je n’aurais pas pu faire toute seule. »
Originaire de Marseillette, village entre Narbonne et Carcassonne, Olivia, vingt-cinq ans, a toujours baigné dans la musique. À la maison, elle écoute aussi bien Bécaud que Nougaro grâce à son père guitariste de bal. Sa mère lui fait découvrir les Rita Mitsouko sur le juke-box du café-tabac-essence où elle a grandi. Une enfance dont elle garde un souvenir ému. En témoigne le titre Je traîne les pieds : « un hommage à tous les gens qui m’ont élevée : mes parents, mes deux oncles, mes grands-parents maternels. J’ai grandi dans un café de province jusqu’à mes onze ans. J’étais indépendante très tôt. Une éducation qui m’a rendue sociable. Elle m’a donné le goût du partage. » Chorale à douze ans, groupe de bal où elle reprend Led Zeppelin et Nirvana, un duo où elle interprète Frehel, Damia , La Tordue ou Manu Chao... Olivia a appris le métier sur le tas. Après J’aime pas l’amour, précédente production qui réunissait une brochette d’auteurs compositeurs de la scène alternative (Chet, Paris Combo, Juliette), son deuxième album a été réalisé par Alain Cluzeau (Benabar, Thomas Fersen) et Mathias Malzieu, leader du groupe Dionysos. Un enregistrement où se croisent une ancienne complice, Juliette, avec d’autres auteurs compositeurs de la nouvelle génération tels Nery, Mali de Tryo, Christian Olivier des Têtes raides, avec lequel elle chante Non-dits ou encore Didier Blanc pour un duo en espagnol (la Molinera).
Résultat, un album plein d’humour entre gouaille à la Magali Nöel chantant Johnny fais-moi mal de Boris Vian et ambiances Lolita à la pop acidulée. Être chanteuse ? : « Ce n’est pas facile. C’est un monde de requins où il faut se battre. Je me sens une louve solitaire dans ce milieu. Il faut être débrouillarde, surtout quand on n’a pas de manager comme moi. Je ne suis pas prête à donner ma confiance à quelqu’un. Quand on réalise les choses soi-même, au moins on sait qu’elles sont bien faites. » "
Victor Hache
Voici quelques paroles à présent du premier titre de l'album que j'aime beaucoup. Il a été écrit par un certain Ben Ricour dont on parlera peut-être un d'ces jours. Pour ceux à l'oreille de qui le nom de Ben Ricour n'est pas totalement inconnu, je signale que c'est lui qui chante ce titre tournant en boucle en radio : "Vivre à même l'amour" Vous voyez de quoi je parle ? Bref voici "J'traîne des pieds" écrit par lui donc et chanté par elle donc ;)
J'traînais les pieds, des casseroles
J'n'aimais pas beaucoup l'école
J'traînais les pieds, mes guiboles abîmées
J'explorais mon quartier
J'traînais des pieds dans mon café
Les vieux à la belotte braillaient
Papi, mamie, tonton André et toutes ces pépées
A mes p'tits soins, à m'pouponner
Ecorché mon visage, écorchés mes genoux
écorché mon p'tit coeur tout mou
bousillées mes godasses, bousillé sur ma joue
bousillées les miettes de nous
La fumée du boeuf bourguignon
Toute la famille tête dans l'guidon
Du temps où ont pouvaient faire les cons
Les pensionnaires, les habitués, les gens d'passage surtout l'été
Joyeux bordel dans mon café
Ecorché mon visage, écorchés mes genoux
écorché mon p'tit coeur tout mou
balayée la terrasse, envolé le bout d'chou
envolées les miettes de nous
Je traîne les pieds, j'traîne mes casseroles
J'n'aime toujours pas l'école
Ecorché mon visage, écorchés mes genoux
écorché mon p'tit coeur tout mou
bousillées mes godasses, bousillé sur ma joue
bousillées les miettes de nous
Pour l'écoute je renvoie ici : http://www.olivia-ruiz.com/cours-de-chant.htm
Allez encore un petit article de journal :
"Olivia Ruiz: "La Femme Chocolat" (Polydor). C'est le second album d'une chanteuse au parcours et à l'univers original. Pour percer dans ce métier, elle a participé à la Star Academy. On a très vite compris qu'elle ne gagnerait pas, mais qu'elle était là pour se faire remarquer. Et c'est tant mieux parce qu'elle a beaucoup de talent.
Au château, elle arborait un tee-shirt du groupe "Les Têtes Raides". Comme elle n'avait pas eu de réponse du groupe à sa demande de collaboration, elle n'avait trouvé que ce moyen pour attirer son attention. Ca a réussi. On la retrouve en duo sur "Non-dits" avec Christian Olivier, le chanteur des Têtes Raides. C'est à un autre leader de groupe, Mathias Malzieu de Dionysos, qu'elle a confié la réalisation du disque.
Dans ce brillant casting, on retrouve aussi la chanteuse Juliette qui lui a écrit "La Petite Voleuse". Dans les pages intérieures de l'album et sur "Thérapie de groupe" notamment, Olivia Ruiz nous présente sa famille. Après l'étonnant "J'aime pas l'Amour", l'atypique demoiselle à drôle de voix nous embarque dans un univers inclassable. Les fans seront de plus en plus nombreux et pourraient bien reprendre en coeur "J'traîne des pieds"."
Christian Panvert du Nouvel Obs.
A noter que les photos sont toutes issues de la pochette de l'album sauf la dernière (ci-dessous).
J'insiste un peu sur Olivia parce que je sais que certains ne veulent pas entendre parler d'elle à cause de son passage à la Star Ac' et je trouve ça très très dommage. C'est se fermer l'esprit sur une belle artiste. Et elle fait des choses vraiment très bien, alors penchez-vous un peu sur son cas !
Bizous !



